Hermann : Le maître européen de la BD naturaliste

 

En janvier dernier, lors du 43ème festival international de la bande dessinée, Hermann recevait le Grand Prix de la Ville d’Angoulême. Ce prix, est peut-être le plus prestigieux du 9ème art dans la mesure où c’est non pas un album, ni même une série, mais bien l’intégralité de l’œuvre d’un artiste qu’il récompense. Et à ce compte-là, honorer un auteur du calibre d’Hermann s’imposait d’ailleurs presque comme une évidence.

Plus de 140 albums, aux alentours de 5000 planches dessinées, le tout en un peu plus de 52 ans de carrière. Ces seuls chiffres laisseraient rêveurs la plupart des jeunes qui, crayon à la main, caressent l’espoir de faire carrière dans la bande dessinée. Pourtant, s’ils rendent effectivement compte de la capacité de travail hors-norme d’Hermann, ils ne reflètent pas pour autant la richesse de son œuvre. Pour la percevoir, il convient de plonger dans ses albums, d’y observer l’évolution de son trait, de ses couleurs et d’y découvrir la peinture de l’humanité sans artifice qu’il construit case après case. Cette visite de son œuvre révèle rapidement deux éléments. Le premier ; Hermann n’est pas un artiste attaché à un genre. Western, science-fiction, fresque médiévale, aventure, thriller ; que ce soit en série ou en one-shot on peine à trouver un domaine que ses crayons n’aient pas exploré. Le second ; si le réalisme quasiment naturaliste de son dessin est une constante qui permet d’identifier son travail au premier coup d’œil, sa technique, elle, n’a cessé de varier tout au long de sa carrière. Dans ses bandes dessinées, le cerne, la couleur, les ombres, les textures sont autant d’objets d’expérimentation et de terrains de jeu. Il y a une réelle recherche esthétique dans l’œuvre d’Hermann. Une recherche dont l’objet n’est pas tant le Beau, que le Vrai et qui pourtant peut sublimer même les sujets les plus triviaux.

Petit cours de rattrapage rapide pour ceux qui dormaient pendant les cours de français au collège : en littérature, le naturalisme est un mouvement qui met en scène des personnages profondément humains, sans faire l’impasse sur leurs failles ou leurs côtés les plus abjectes. Ces éléments sont d’ailleurs au cœur de ces récits qui cherchent à en cerner les origines et à en dépeindre les mécanismes. Il se trouve que cette définition, colle parfaitement à la plupart des œuvres d’Hermann. A bien des égards, Jeremiah, sa série post-apocalyptique, est d’ailleurs emblématique de cette vision passablement désabusée de l’humanité puisqu’il y aborde de front des thèmes tels que de la corruption, l’autoritarisme, l’esclavage, les mouvements sectaires, la drogue, la pédophilie, le racisme, etc. Toutefois, réduire sa bibliographie à un catalogue illustré des formes physiques et psychologiques de la violence serait une monumentale erreur car l’œuvre d’Hermann est également traversée par un profond amour pour la nature. A tel point qu’on peut, sans exagérer, y trouver de réels échos du travail de peintres romantiques du XIXème siècle tel que Gaspard Friedrich. Une montagne, une vallée, une rivière, un arbre, un paysage qui se perd à l’horizon sont autant d’éléments simples qui imposent le silence tout en rappelant, l’air de rien, la place dérisoire de l’homme dans l’univers. Contre toute attente, cette juxtaposition du sublime et du sordide ne minimise en rien les propos, bien au contraire, il y’a quelque chose d’encore plus tragique à assister au spectacle des milles-et-une médiocrités humaines, quand celles-ci s’avèrent parallèlement être d’une telle insignifiance.

Du 26 au 29 Janvier 2017, à l’occasion du 44ème festival international de la Bande Dessinée d’Angoulême, l’Espace Franquin accueillera 166 œuvres qui vous permettront de pénétrer au cœur de la production de cet authentique artiste qu’est Hermann.

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