Valérian et Laureline : Le Space Opera Made in France

2017 sera assez sûrement une année marquante à plus d’un titre pour Pierre Christin, Jean-Claude Mézières et Évelyne Tran-lê. Tout d’abord Valerian et Laureline, série comptant 23 albums fruit de leur collaboration à tous trois, fêtera cette année ses 50 ans. Ensuite, le 26 juillet prochain,  sortira Valérian et la cité des milles planètes, adaptation cinématographique signée Luc Besson de cette même série. Enfin, l’Apha, médiathèque d’Angoulême, accueillera dans le cadre du 44ème festival international de la bande dessinée, une exposition exclusive, en partenariat avec BNP Paribas, sur Valérian qui rassemblera des planches, croquis et illustrations issus de leur travail ainsi que divers éléments créé dans le cadre de de la production du film de Luc Besson. C’est donc une opportunité parfaite pour redécouvrir ce qui reste à bien des égards le premier grand cycle de SF de la BD franco-belge.

En 1967 si la science-fiction est un genre déjà florissant en littérature, notamment grâce des auteurs tels que Isaac Asimov, Frank Herbert, Ray Bradbury ou encore Arthur C. Clarke, elle attend toujours la BD qui lui donnera ses lettres de noblesse dans le 9ème art. Cette même année, Jean-Claude Mézières et Pierre Christin planchent à ce qui sera leur première collaboration pour Pilote. Ils envisagent tout d’abord de se lancer dans un Western, mais le genre est déjà bien représenté (Blueberry, Lucky Luke, Jerry spring et Chick Bill) et René Gosciny, rédacteur en chef de Pilote, souhaite publier quelque chose d’inédit et d’orignal. Fervent lecteur de SF, c’est Pierre Christin qui oriente les premiers pas de leur œuvre commune dans cette direction, c’est d’autant plus facile que Mézières est également familier de ce type de littérature. Leur réflexion aboutit sous la forme des premières aventures de Valérian, agent spatio-temporel.

A ce stade, Valérian est le seul héro de la série. Série qui n’a encore comme seul ressort que le voyage temporel. Si Laureline apparait dès cette première histoire, rien ne la prédestine alors à revenir. C’est l’enthousiasme des lecteurs de Pilote pour le personnage qui va convaincre Mézières et Christin d’en faire la partenaire de Valérian. Si son personnage s’étoffe rapidement, il faudra néanmoins attendre 2007 pour que son statut de co-héroïne soit définitivement entériné et que le série soit rebaptisée Valerian et Laureline.

Valérian – Extrait de planche – © Mézières/Christin – Dargaud 2016

En 1969, démarre dans les pages de Pilote, la prépublication de L’Empire des mille planètes. Cette seconde aventure des agents spatio-temporels, ouvre tout un éventail de nouveaux horizons aux auteurs puisqu’elle fait de la série un véritable Space Opéra. Dès lors pour Valerian et Laureline la limite n’est plus le ciel mais bien l’imagination de ses créateurs. Ce merveilleux bac à sable, Mézières et Christin vont s’en servir pour aborder l’air de rien les sujets qui animent la société, sans avoir à produire des scénarios aux engagements politiques trop marqués. Ainsi, si Laureline incarne clairement leur engagement en faveur du féminisme, d’autres thèmes tels que les conflits armés, le capitalisme, ou encore le totalitarisme font l’objet de critiques ou de discrète prise de position ; comme c’est le cas de l’écologie par exemple.

Mézières comme nombre de dessinateurs européens de la seconde moitié du XXème siècle pratique la ligne claire. Il le fait toutefois en s’émancipant largement du modèle d’Hergé. Son dessin, tout en courbes, foisonne de vie et de mouvement, si bien qu’un seul trait continu peut parfois lui suffire à dire la silhouette d’un personnage de son cou à l’un de ses talons. Parallèlement, lors de l’encrage, il apporte un grand soin au travail des textures et des ombres et donne ainsi sa pleine profondeur à chaque case tout en évoquant les matières jusqu’à les rendre presque palpables. Mieux encore, il fait tout cela tout en laissant suffisamment de blanc pour que sa sœur, Christine Tran-lê, puisse exprimer tout son talent de coloriste.

Même s’il est toujours difficile d’estimer la part réelle de l’influence de l’œuvre d’un artiste sur celle d’un autre, force est de constater qu’au fil des ans le cinéma a porté à l’écran nombre de créations et d’inventions qui ont vu le jour dans les pages imaginées par Jean-Claude Mézières et Pierre Christin. Si l’on cite souvent les nombreuses et étonnantes ressemblances entre Star Wars et Valerian et Laureline, d’autres films parmi lesquels Conan le Barbare, Dark City et Indépendence Day ne sont pas en reste. Le septième art n’était d’ailleurs pas un territoire inconnu pour Jean-Claude Mézières, puisque Luc Besson avait l’avait déjà sollicité afin développer l’univers du Cinquième Élement. C’est donc finalement un aboutissement évident que l’arrivée, toute prochaine de Valérian et la cité des milles planètes dans les salles obscures.